Simon Bocanegra © Charles Serruya

L'association
Les Amis de Simon Bocanegra

Avec son équipement photographique minimal et sa posture de torero, il a photographié la nuit, la mode et l’underground pendant 30 ans. Les fondateurs de l’association sont des proches qui ont décidé d’unir leurs efforts pour que son œuvre soit divulguée afin qu’il trouve la place qu’il mérite dans l’histoire de la photographie.

Extrait du Journal Officiel

Baptiste Magis

Graphiste

Baptiste Magis, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (E.N.S.A.D.) est architecte d’intérieur, infographiste et décorateur pour le cinéma. Il a connu Simon Bocanegra grâce à son égérie Christine Mingo. Amoureux des images de Simon, il l’a encouragé et a travaillé à ses côtés pour élaborer son premier site web dans la perspective de publier un livre. Depuis sa mort, il a entrepris la numérisation et la restauration de l'ensemble du fond photographique de Simon Bocanegra et développé le présent site.

Jacqueline Germé

Attachée de création

Jacqueline Germé a travaillé dans la mode. Elle a été attachée de création puis responsable du bureau de style de la maison Paco Rabanne, Fashion pilot à son compte, consultante spéciale, et personal shopper au salon Styliste privé du Bon Marché. Elle a publié plusieurs ouvrages entre autres Alain Weill Sa garde-robe en 1989, L’Esthétique des situations en 2012, Simon Bocanegra Portrait et médaillon en 2014.

Bastien de Almeida

Collectionneur

Bastien de Almeida est un spécialiste du vintage, amoureux du grand Hollywood. Dans son concept-store des Batignolles, on pouvait trouver des vêtements et accessoires ainsi que des livres sur le cinéma et des revues anciennes. Grand collectionneur, il achète en 2009 le fond photographique de l’œuvre de Simon Bocanegra et en détient les droits d’auteur.

Charles Serruya

Artiste

Charles Serruya est un artiste au talent protéiforme. Il est à la fois photographe, sculpteur et cinéaste. Dans son travail photographique, il a exploré le contour des ombres en noir et blanc puis en couleurs. Dans ses sculptures en fil de fer ou en or, l’ombre reportée nous révèle une toute autre facette de son œuvre labyrinthique. Ses films traduisent de manière très personnelle son identité poétique. Ami de longue date, il a entretenu avec Simon Bocanegra un échange artistique privilégié.

Alain Weill

Expert en art

Alain Weill a été conservateur du musée de l’affiche et de la publicité et directeur du festival de Chaumont. Expert en art et grand collectionneur, il organise des ventes aux enchères ainsi que des expositions en France et à l’étranger. Il est aussi l’auteur d’une encyclopédie et de nombreux livres sur l’affiche et les arts graphiques. Il a partagé avec Simon les sortilèges de la nuit parisienne.

De vingt années d’une amitié sans faille qui nous a tenus toujours plus proche l’un de l’autre, voici l’image que je garde en moi de Simon et que je veux vous livrer aujourd’hui. Celle d’un homme qui a traversé avec une élégance innée et un vrai souci d’authenticité personnelle, une vie aventureuse, pleine de risques, dans un monde impitoyable, violent, passionnel. C’était un être complexe, ténébreux et lumineux, aussi porté à cultiver son intériorité d’homme épris de poésie et de philosophie, qu’à se mouvoir efficacement dans les sphères sociales les plus diverses et les plus âpres. Il était partagé entre les versants opposés de son être. Un versant qui allait vers le tumulte de la vie, vers les rencontres fascinantes qui jalonnent l’errance du noctambule, vers les visions et les extases de la chair et de la drogue – tandis que l’autre versant recherchait la solitude, le silence, l’enrichissement de l’esprit par la lecture d’œuvres littéraires fortes et par la familiarité avec l’art et la musique. De cette dualité de ses goûts et attirances procédait en grande partie le charme ambigu de sa présence. Il excellait dans tous les domaines qui comptaient le plus pour l’affirmation de son existence : ses relations avec la société nocturne des grandes villes et son retrait en lui-même par le moyen des livres. On devinait en lui tous les degrés d’une expérience humaine enracinée dans l’épaisseur sensuelle et la variété de formes des marginalités souvent étranges et quelquefois inquiétantes du tissu social – mais son expérience était également ancrée dans des territoires de culture exigeante et raffinée, d’où il tirait toute la richesse, toute la subtilité et la justesse de son expression, dans sa parole comme dans ses lettres. Simon était un autodidacte de haute volée.
Ce qui réunissait, pour assurer leur vivante unité, les deux pôles d’humanité de notre Simon, c’était la merveilleuse beauté de cet être qui semblait parcourir la vie et le monde comme un danseur, jongleur, acrobate et funambule, dont le corps présentait la démarche, les gestes amples et rythmiques de celui qui associa, sans effort et sans une fausse note, la vivacité de l’instinct et la finesse de l’esprit. Il y avait chez lui, indissociablement, de l’animal et de l’ange – animal supérieur et ange noir – et c’était là ce qui préservait cette sorte de pureté impure et sombre qui rayonnait au fond de son ambiguïté, de son ambivalence et de la diversité de ses facettes.
Simon avait vécu intensément. Il avait beaucoup voyagé. Son activité de reporter photographe l’avait amené à aborder nombre de personnalités originales, quelquefois extraordinaires, dans les couches sociales les plus variées. Il avait acquis par là une vision du monde et une aisance dans les rencontres humaines qui faisaient de lui un esprit singulièrement ouvert, riche de connaissances, et entrainé, sur le terrain de la réflexion, par des intuitions fortes. Il aimait la vie. Il aimait les êtres. Il avait une âme foncièrement amoureuse, toujours en éveil et en désir. C’était un ami attentif, plein de délicatesse, de tact et de courtoisie. Et c’était un homme profondément généreux et désintéressé. Il donnait. Il ne recevait que pour donner davantage et finalement ne rien garder du tout. Il ne voulait s’encombrer d’aucune possession matérielle. Il s’était détaché de l’abondance et du confort. Il se contentait d’un minimum vital qui lui assurait la plus grande liberté d’esprit.
Cependant, depuis trois ans, un tournant s’était amorcé en lui. Il s’était dépouillé de toutes choses, même des livres qui remplissaient son minuscule logis de la rue René Boulanger. Il n’attendait plus rien de l’avenir. Il s’était enfermé dans la solitude d’une pensée que visitait à peu près uniquement la perspective de la mort. Ainsi, il se détachait. Il se retirait inexorablement de la vie. Il se préparait à disparaître dans la dignité, dans la lucidité, dans la maitrise de tous ses moyens intellectuels et dans la sérénité du cœur. Rien ne pouvait plus l’empêcher de dire son adieu au monde. C’est parvenu à ce point qu’il nous a laissés. Nous l’avons suivi jusqu’au bout, et c’est là que nous nous tenons, désormais dans le souvenir, avec tout l’amour qui nous attachait.

Claude Louis-Combet (écrivain)
Janvier 2012.

What They’re Saying

Il avait intégré la notion de l’éphémère, de l’instantané qui lui était propre, avec un goût immodéré pour la beauté, même décadente ou trash. Il fut un punk avant l’heure, mais aussi un classique : dandy, élégant, au coup d’œil imparable, connaissant instinctivement les règles de l’art.
Il est difficile d’évoquer un être aussi particulier, rapide, insaisissable, aussi drôle et brillant que fut Simon Bocanegra, qui trouvait son inspiration dans le futile, le passager, la marge, les oiseaux de nuit.

Jean Rouzaudwww.nova.fr

Toutes ces faces de la nuit où surgissent soudain des visages connus qui donnent comme une identité à ceux dont nous ne savons rien. Rien si ce n'est qu'ils se sont tous façonnés une apparence qui exacerbe en même temps qu'elle les superpose et ne parvient pas à les annuler. Mieux, elle en fait un visage multiple.

Charles-Henri FavrodHistorien de la photographie

Dans le capharnaüm d'une fête mondaine, Simon se créait d'emblée un micro-espace. Il sautait devant ses victimes, l'appareil à la main en hurlant "ma chérraw ! Génial ! on la double", donnant à chacun de ses modèles — quel que soit son état d'hébétude — une flatteuse impression d'importance. Parfois il n'y avait pas de rouleau dans la caméra.

Hélène HazeraSimon et les féminités alternatives

On ne relèvera dans l'ensemble de son travail aucune intention satirique, pas plus qu'aucune exagération de pathos, mais on y trouvera un souci de vérité et un cordial parti pris d'affection. Jamais ses modèles ne sont mis dans une position — ou posture — désavantageuse. Ils sont ce qu'ils ont choisi de paraître, dans un instant de juste coïncidence avec eux-mêmes sur la scène ouverte du spectacle de leur tragi-comédie.

Claude Louis-CombetConstellation de la grimace

Unique, cette étrange fraternité inaccessible et intime à la fois : Simon était un chasseur d'instants intenses, il aurait choppé le Big Bang, qu'il a d'ailleurs continué de poursuivre, comme son ombre, toujours insaisissable, presque attrapée quand même !

Serge KrugerFacebook

Le naturel chez lui était au service d'une vision rebelle. Bocanegra resta en quête de ce qui se cachait sous les poses, les facéties, le factice et les sophistications des papillons de nuit. Il sut montrer un genre qui se cache parfois sous un autre. Bref, il sut dévoiler les vérités trans, travesties, androgynes, dandy pour les hausser vers la clarté avec humour, impertinence. Sans le moindre dédain et toujours avec finesse et élégance.

Jean-Paul Gavard-Perretwww.lelitteraire.com

Expo Simon Bocanegra à la Galerie du Passage Pierre Passebon 2017

Simon Bocanegra

Repères biographiques

1949

Naissance à Lyon le 22 avril. Enfant de la DDASS il est placé dans un orphelinat.

1968

Part aux États-Unis avec un visa de deux mois et travaille comme strip-teaseur avec une partenaire dans un numéro nommé « Love Act » car il s’agit de mimer l’amour.

1969

Réalise ses premières images à Hawaï avec un appareil Pentax. Dès lors, il photographie toutes ses partenaires, ses rencontres, les spectateurs. Il se familiarise avec les arrière-mondes de la nuit, les loges, les backstages.

1978

Son retour en France coïncide avec l’ouverture du Palace. Très vite adopté par Fabrice Emaer et reconnu à l’entrée par l’hôtesse et physionomiste Paquita Paquin, il est l’un des photographes attitrés du lieu. Désormais, invité permanent des soirées parisiennes, Il croise et photographie avec un Nikon de nombreuses personnalités.

1982

Couvre la tournée de Divine. A l’aéroport, on lui vole une valise contenant toutes les images de son reportage.

1984 – 1987

Vit à New York au Jane West Hotel.
Photographie les bijoux du joaillier Jacques Gastaldi, créateur de la marque Ylang-Ylang.
Collaboration avec l’artiste Charles Serruya sur le thème des ombres chinoises.
Rencontre avec Jean-Paul Beaujard qui deviendra l’un de ses mécènes.
Rencontre amoureuse avec Judy Taylor. Ils partent vivre leur idylle à la Nouvelle Orleans.
Filme une vidéo de James Chance interprétant au saxo un grand standard « The Foolish Things » accompagné de la gestuelle sensuelle de Judy Taylor.

1988

Le luxueux magazine "L’un des sens" lui commande un portrait en noir et blanc d’Alain Weill pour illustrer son article sur les cigares de Cuba.

1989

Est invité à New York par Paul Steinitz, l’un des propriétaires de la galerie avant-garde Prisunic, à exposer des portraits de personnalités parisiennes. Arrivé sur place, il rencontre les transsexuelles sur le trottoir de la 14ème rue (ouest) qui deviennent ses copines. Il les prend en photo et les intègre à son projet. Les 31 portraits sont présentés dans de grandes boîtes lumineuses. Cette exposition événement lui vaut un article dans The New York Times.

1990

Emménage au 52 rue René Boulanger près de la place de la république. Cette adresse met fin à des années de vagabondage.

1991 – 1992

Rencontre l’écrivain Claude Louis-Combet qui devient un grand ami. Avec cet interlocuteur privilégié, il partagera sa passion pour les mots.
Photographie en backstage le défilé vintage de Didier Ludot dans la cour de la bibliothèque nationale.

1992 – 1993

La nuit se déplace à Londres. Va régulièrement aux fabuleuses soirées Kinky Gerlinky où Leigh Bowery se livre à ses performances de style.

1995

Le 26 septembre, publie le portrait de son ami Michel Cressole illustrant un article de Libération consacré à l’annonce du décès du journaliste.

1996

Voyage à Venise, en Espagne et séjourne à Tel-Aviv où il est invité par le couple Paul et Christine Steinitz.

2000

Expose « Portraits de nuit » à la galerie Serge Aboukrat Place de Furstenberg.
Réalise le catalogue Arnys diffusé en supplément du magazine Monsieur.

2003

Participe à une exposition collective au restaurant Man Ray, organisée par son égérie Christine Mingo sur le thème « A detail from la constellation de la grimace ».

2004 – 2005

Son ami Edouard Baer lui offre une caméra avec laquelle il réalise à New York un documentaire sur Quentin Crisp diffusé sur la chaîne Arte. Au Portugal, il fait un court-métrage intitulé « La mort ne m’aura pas vivant » mettant en scène un tandem surréaliste.

2011

Met fin à ses jours le 12 décembre à son domicile.

Expo Simon Bocanegra "1989 New York Meat Market" à la Galerie Iconoclastes 2019